Lamchahab لمشاهب
Biographie de Lamchahab :
LemChaheb
(aussi appelé Lamchaheb) est une formation musicale marocaine très populaire créée en 1975 à Casablanca, connue pour son goût prononcé pour les musiques occidentales, et le sens de la provocation .L'histoire de Lemchaheb est née autour d’une table de "La Comédie", célèbre
café du centre-ville de Casablanca, en face du défunt théâtre municipal. C’est
là que Moulay Chérif Lamrani vient trouver le régisseur de Nass El Ghiwane, un
certain Mohamed Bakhti, et lui demande : "Je sais que tu as bossé avec les
Ghiwane, on veut monter un groupe comme eux,
aide-nous".
Nous sommes en 1973, en pleine explosion de la pop marocaine autour de Nass
El Ghiwane. Moulay Chérif Lamrani, 24 ans à l’époque, est un musicien accompli.
Originaire de Boudnib (comme le général Oufkir dont il disait, pour plaisanter,
qu’il était "un cousin oublié"), le musicien doit beaucoup à son père, Mbarek
Boudnibi, connu pour avoir longtemps dirigé un orchestre à Oran. Dès ses débuts,
Moulay Chérif reprend la mandoline de son père, en allonge le manche et conçoit
ainsi un instrument unique au monde : sa mandoline à lui !
Chérif, qui a un faible pour les frères Mégri alors en plein boom, est imbibé de
musique algérienne (sa mère est Algérienne). Pour l’épauler, il s’appuie sur les
textes d’un ami, Mohamed Boulmane, instituteur à Hay Mohammadi (et ancien
gardien de la fierté du quartier, l’équipe du TAS), connu pour sa grande
culture. À eux deux, ils ont écrit et composé une première démo, accompagnés
d’un certain Boukili d’Oujda et de Larbi Kessa au bendir. L’enregistrement, fait
dans des conditions artisanales, est présenté à Bakhti. Le verdict tombe comme
un couperet : "C’est intéressant, juge l’ancien régisseur de Nass El Ghiwane,
mais pour avoir le succès des Ghiwane, il vous faut d’autres musiciens et des
chanteurs". Moulay Chérif retourne à son quartier, le Belvédère, et à son
boulot, à Carnaud, où il est dessinateur. L’affaire est entre les mains de
Bakhti qui cherche de nouvelles têtes pour accompagner le prometteur Moulay
Chérif et mettre en valeur les textes de Boulmane.
Bakhti, un instituteur de 37 ans, a un immense avantage. Il dispose d’un local
aux Roches-Noires, où bien des groupes sont venus répéter, voire habiter quelque
temps. Après les Ghiwane, il avait pris sous son aile Tagadda dont faisait
partie Mohamed Batma, le frère de Larbi. Bakhti auditionne d’autres groupes de
passage à Casablanca et finit par dénicher la perle rare : les Tyour Ghourba
(oiseaux de l’exil), originaires de Marrakech. Le groupe est composé des deux
frères Bahiri, Ahmed et Mohamed, anciens de la troupe de Hamid Zahir, et d’une
jeune fille de 15 ans, Saïda Birouk. Les Tyour Ghourba tournent en rond et
n’arrivent pas à trouver un producteur pour les enregistrer. Ils sont en quête,
eux aussi, d’un nouveau groupe où ils pourraient s’intégrer. Bakhti les présente
à Chérif qui leur fait subir un "examen" musical et l’affaire est conclue. Mais
il restait un problème : Saïda. "Il a fallu monter chez sa famille à Marrakech
pour leur expliquer que Saïda fera carrière d’artiste à Casablanca, se souvient
Mohamed Bakhti. Je me suis personnellement porté garant de sa sécurité et de sa
bonne éducation". La jeune Saïda habite chez la famille Bakhti aux Roches-Noires.
Chérif, après avoir testé les noms de "Khatoua khatoua (pas à pas)" et "Les
étoiles filantes", finit par se fixer sur Lemchaheb, ou les barres rougeoyantes
sur lesquelles on cuit le pain dans le four traditionnel. En 1973, le groupe,
composé de Chérif, Saïda et les frères Bahiri (en plus de Bakhti, le manager)
voit officiellement le jour.
Il signe chez Barclay, alors en prospection au
Maroc et entame ses premiers enregistrements (Al-Khyala, Bladi, premiers
classiques). Chérif dessine les célèbres costumes qui signent le look du groupe,
sa mère les découpe. Nous sommes en 1974, c’est le temps des premières
prestations scéniques. Les affiches sont conçues par l’omniprésent Chérif, qui
n’a rien perdu de son talent de dessinateur. Après une première tournée
européenne pour le compte de la RAM (où le groupe encaisse 700 DH par soirée, en
plus d’un défraiement quotidien… de 10 francs), Lemchaheb passe aux choses
sérieuses : la scène casablancaise. Comme les Ghiwane quelques années
auparavant, l’examen de passage de la bande à Chérif a lieu au cinéma Saâda, qui
tient aussi lieu de salle de spectacle au Hay Mohammadi. 300 fans sont au
rendez-vous. Le deuxième concert, à l’autre salle mythique de la ville, le
Kawakib à Derb Soltane, élargit le premier cercle des aficionados. Lemchaheb
s’est fait un nom, même si la RAM, qui les intègre dans une nouvelle tournée
promotionnelle en Europe, les engage en tant que "Nass El Mchaheb".
Malgré le succès grandissant, Chérif est le premier à comprendre les limites du
groupe. "Il nous faut de nouvelles gammes vocales, nous n’irons pas loin dans
notre configuration actuelle", confie-t-il au fidèle Bakhti. Les frères Bahiri
sont évincés suite à un différend personnel (le groupe tient régulièrement des
conseils d’administration pour sanctionner les écarts de discipline !) et
partent fonder, de leur côté, le groupe Lajouad. L’excellent Boulmane,
songwriter attitré du groupe, part à Marrakech où il deviendra, plus tard, l’un
des meilleurs avocats de la ville. C’est la crise. Chérif "teste" alors un
nouveau-venu : Mohamed Batma, ancien de Tagadda, admirateur de Lemchaheb (et de
Saïda plus particulièrement), depuis qu’il a assisté à leur premier concert au
cinéma Saâda. Batma abandonne son boulot de cheminot et intègre ainsi le groupe
dont il enrichit le répertoire avec le superbe "Amana". Tournant désormais à
trois, Lemchaheb prospecte de nouveaux musiciens pour remplacer les frères
Bahiri. Encore une fois, le salut vient de "La Comédie", où Bakhti, fidèle
client, déniche quatre nouveaux talents : Mohamed Sousdi, Mobarak Jadid (dit
Chadili), Saïd Bouqal et Hamid Tchika. Les quatre musiciens reviennent d’une
tournée calamiteuse en France et cherchent à se relancer. Ils sont présentés à
Chérif qui les "teste" et garde les deux premiers : Sousdi et Jadid-Chadili.
L’un est un pur produit du Hay, épris de musique algérienne, avec un registre de
voix aiguë rappelant le célèbre Boujemia. L’autre est un véritable poète
hassani, originaire de Zagora. La combinaison est parfaite : Sousdi apporte le
mémorable Al-Hasla, Chadili vient avec Ettaleb et Hab Erramane. Le groupe, qui
tourne désormais à cinq unités, enregistre de nouvelles bandes dans
l’arrière-boutique d’un atelier de cordonnerie tenu par un certain Abderrahmane
Alami. Le résultat est remarquable. Lemchaheb repart en tournée. Mais Saïda,
entre-temps marié à Batma, tombe enceinte et le groupe, à l’unanimité, choisit
de l’écarter. Nous sommes en 1975. Lemchaheb, avec une poignée de chansons, est
devenu le rival le plus sérieux des Ghiwane, loin devant Tagadda ou Jil Jilala.
Dans le nord du pays, mais aussi chez les voisins algériens, ils sont fameux.
C’est la période faste de Lemchaheb qui les emmène aux quatre coins du royaume
(Sahara compris), dans les pays du Maghreb et en Europe. Leur potentiel devient
encore plus fort avec l’arrivée, courant 1976, de l’excellent Mohamed Hamadi,
ancien de Nouass Al-Hamra, un groupe marrakchi. La configuration est définitive,
les cinq talents qui composent le groupe se lâchent complètement, toujours sous
la direction du "médium" Chérif et du réaliste Bakhti, l’homme de l’ombre. Les
textes se politisent. Batma, sur l’indémodable Daouini, pousse le luxe jusqu’à
détourner le final, "wahaïdouss" devenant malicieusement "wahaïdouh"
("virez-le", allusion directe au roi dont la popularité, à l’époque, était au
plus bas). Le couplet devient d’ailleurs un hymne underground. Le même Batma,
sur Khiyi, se fend d’une étonnante intro : "Youmek jak… Hak hada ma souiti" (ton
heure est venue, voilà ce que tu mérites). Sur scène, la deuxième partie du
couplet est accompagnée d’un retentissant "doigt d’honneur"...
La décennie des années 80 sera celle de toutes les expérimentations. Chérif et
Chadili tentent un "mariage" musical réussi avec les Allemands de Dissidenten.
Lemchaheb investit dans un studio, Zeryab, qui se transforme en gouffre
financier. L’unité du groupe en prend un coup. Chérif, notamment, multiplie les
voyages, allant jusqu’à s’installer, de longues années durant, en Tunisie.
Sans
son maître à penser, le groupe perd de son impact, se contentant de puiser dans
son propre répertoire. Ce déclin sera confirmé dans la décennie suivante avec le
départ du fédérateur Bakhti, qui plie bagages et s’installe aux États-Unis.
C’est le coup de grâce. Lemchaheb recolle les morceaux quand Bakhti rentre au
pays, en 2002. Mais le cœur n’y est plus. Batma, longtemps malade, a quitté ce
monde dès 2001. Les autres membres ont pris de la bouteille.
La crise
d’inspiration affecte plus encore Chérif qui cherche désespérément à se
renouveler et va jusqu’à créer un groupe parallèle, Lemchaheb music, sans
relief. Trop tard. Pour l’anecdote, Lemchaheb se retrouvera au complet le 16 mai
2003 au complexe Sidi-Belyout, au moment même où des explosions embrasaient le
ciel de Casablanca, quelques mètres plus loin. Chérif jouera une dernière fois
sur scène (avec son nouveau groupe) en juin 2004 pour la fête de la musique.
Saïda, après une éclipse de près de 30 ans, remontera également sur scène avec
Sousdi, Hamadi et Chadili. Mais le train est passé. Chérif meurt le 20 octobre
d’un cancer digestif. Sa fameuse mandoline, qui a composé tant de chefs-d’œuvre,
est déclarée "objet perdu" depuis...
LemChaheb a pour particularité d'introduire des instruments électriques modernes
et de composer des textes dénonçant les excès du régime politique marocain. De
fait, ils ont à maintes fois été comparé au Sex Pistols.
Riche d'influences musicales diamétralement opposées comme le raï, la musique
berbère, la musique gnawi et mis au diapason du rock et de la musique pop,
LemChaheb est reconnu pour avoir participé au renouveau de la musique marocaine
des années 1970 jusqu'aux années 1980, date à laquelle le groupe disparaît de la
scène.
Un nouvel espace pour l’expansion de la chanson du Groupe Lemchaheb, cet étendue n'est qu'une œuvre si minuscule devant la grandeur de notre groupe, mais je trouve qu'il est le premier a avoir pu rassembler des écriteaux sur l’itinéraire de leur art et de leur parcours, cette petite nappe ne s’enrichira de jour en jour que par les concours des fans de Lemchaheb. « Mechahbis » en l’insertion de leurs commentaires et œuvres de leur groupe Lemchaheb.
Mémoires de Lamrani Moulay Chérif
Le 20 octobre de l’année 2004, il nous quitta. Il fut encore jeune et plein de
talent. Il alla rencontrer notre créateur. Je suis certain que la presse
marocaine l’a oublié. Celle de Basri l’ignorait, le craignait, l’occultait parce
qu’il lui faisait peur. Pourtant ce ne fut qu’un simple artiste, un simple
guitariste, le premier à introduire la mandoline dans la musique Marocaine. Il
s’agit de Cherif de Lemchahab. Ce fut un homme engagé et qui marquera à jamais
ceux qui l’ont connu.
J’ai vu Chérif grandir et je me permets de vous livrer un témoignage en sa
mémoire durant ce mois sacré, ce moment de très profonde spiritualité pour prier
en son âme ainsi que pour tous ceux qui nous ont quitté.
Il s’appelait Moulay Chérif LAMRANI. Il méritait son nom de Chérif parce que
depuis son enfance parmi les jeunes Boubekris, ce nom lui avait porté bonheur,
il détermina ainsi son caractère, sa spécificité et le chemin qu’il allait
prendre dans sa vie. Chérif, n’est pas un simple agrégat de lettres, c’est une
affirmation de ce qu’espéraient Zahra et M’barek pour fixer d’où venait Chérif
et nouer des relations profondes avec le passé des Chorfas du Tafilalet.
Chérif du groupe Lemchaheb fut le fruit d’un mélange du Maghreb Arabe. Sa mère
Zahra d’origine algérienne pour laquelle il avait chanté tout petit mais aussi
en souvenir d’une autre Zohra…
Zohra ! Occupe mes tolérances
Tu es ma joie et mes souffrances
Tu es ma vie, tu es mon bonheur
Tu es la fille qui occupe mon cœur….
Et d’un père aussi grand artiste, Moulay M’Barek El Boudnibi. Cet homme a
longtemps vécu à Oran durant les moments difficiles de la colonisation
française. Il fut chassé par les autorités de l’Oranais, pour son engagement
pour la libération du Maghreb. Il fut chanteur à la radio locale d’Oran et fut
connu sous son vrai nom. Il reçut plein de menaces lorsqu’en 1959, il composa la
chanson qu’a déformé Khaled en Rouhi Ya Wahran Rouhi Baslama.
Voici les véritables paroles écrites par un Marocain pur souche, le père de
Chérif Lemchaheb en 1959. Khaled n’était pas encore né.
Lillah Ya Franess Amli Lamzya
Blad Dzair Mahyachi Lik
Wal Wakt Rah Nada Kal Al Hourya
Kabli Bladek Bezzaf Aleik....
Après cela, M’Barek fut chassé d’Algérie et rejoint son cousin Mohamed Ben
Mehdi, de Boudenib aussi. Son cousin fut mécanicien dans la mine de
Zellidja-Boubeker avant de devenir chauffeur. Sidi Boubeker est un village
distant d’une quarantaine de kilomètre d’Oujda. Chérif n’a que neuf ans à peine.
Les deux cousins, formèrent un duo pour égayer les soirées à la manière Boubekri.
S’ils me lisent, ils sauront ce que j’insinue. Ils furent rejoint par un
excellent « rythmiste » (le mot n’existe pas mais je signifie percussionniste…je
préfère rythmiste), car Hamou Lahrira de son vrai nom Mohammed El Hasnaoui
touchait à tout ce qui est fait en peau.
En 1962, le quartet qui bouleversa l’oriental fut composé des deux cousins
Lamrani, de Hamou Lahrira et de Benyounes Bouchenak communément appelé FANDI. Le
père des frères Bouchenak
C’est dans cette ambiance que Chérif grandit. Une maman, excellente couturière
et cuisinière, un papa qui tentait de faire vivre sa famille en exerçant le
métier d’horloger et de musicien à ses heures. Mais cette famille fut
embarrassée par la crainte qui résulte de l’accident survenu à l’âge de huit ans
à Chérif. Il se cassa le tibia. Cela fut considéré comme une infortune.
Effectivement, Chérif traîna cet handicap durant le restant de ses jours.
Chérif se toisa à la mandoline de son père à l’âge de dix exactement. Avec
quelques Boubekris, ils formèrent un petit groupe de Yéyé : « The Beavers ». Ils
choisirent un beau gosse Mohammed Améziane comme chanteur parce qu’il
ressemblait à Elvis. Plus tard, Mustapha chanteur Marocain installé actuellement
en Hollande les rejoindra avec sa batterie. Leur première chanson, nostalgique
démontrait d’une capacité étonnante de ces jeunes villageois enfouis entre la
frontière algéro-marocaine.
Au crépuscule
Au bord de l’eau
Là-bas au loin Un chant d’oiseau
Évoque en moi
Des souvenirs
D’un passé
Assez lointain ……….
Te souviens-tu ?
Toi la mer ? De tes massacres
De tes colères
De ces navires
Coulé en ton bassin…
Chérif alla rendre visite à ses oncles maternels et rapporta d’Oran en 1961, sa
première guitare électrique de couleur bleue. Ce fut la découverte d’une
merveille pour les enfants de l’époque du Twist. Chérif et ses amis Boubekris
imitèrent les Beatles, Enrico Macias et d’autres artistes de l’époque.
Adolescent, il fréquenta le lycée Omar Ibn Abdelaziz d’Oujda. Il quitta le Maroc
orientale pour travailler Chez Carnot à Casablanca.
Un jour, il surprit tout le monde avec un citare qu’il dénicha on ne sait d’où.
Mais ses amis d’enfance ne furent guère étonnés parce que Chérif leur
ressemblait, les Boubekris venaient d’une autre planète…
La rencontre avec Bakhti résidant aux Roches Noires à Casablanca allait être
déterminante. Ils eurent l’idée de composer un groupe Lemchaheb. Il fallait des
éléments sûrs et valables. Surtout qui ne reculent devant rien et qu’on ne peut
en aucun acheter. La rigueur Sahraoui Algéro-Marocaine de Chérif est
déterminante. Batma junior et Khadija, plus tard devenue son épouse furent les
premiers à être conviés. Ironie du sort, un quartet comme son père avec son
premier groupe à Sidi-Boubeker fut arrondi avec l’arrivée de Chadili. Hamada
viendra plus tard remplacé madame Batma.
La mère de Chérif, Zahra l’Oranaise s’occupa de la couture des habits de scène
comme l’avait imaginé son fils.
Lemchaheb est un terme filali qui signifie les étoiles filantes mais aussi très
chaudes. Décidément, le nom valait la teneur des chansons du groupe. Ils
marquèrent d’un sceau chauffé à blanc la génération des années 70. Leurs
chansons ouvertement engagées venaient tracer des lumières blanches dans le ciel
ténébreux du Maroc. Lemchaheb filaient dans les cieux et subjuguaient avec leur
rythme, leur verbe et leur engagement. Ils écrivirent comme parle le peuple. La
recherche du vocabulaire n’est jamais allé jusqu’à leur faire utiliser un jargon
obscure. L’emphase des mots, la trop grande recherche dans le choix des termes
fut jugée mauvais goût. L’expression la plus simple et la plus naturelle fut
souvent celle qui rendait mieux leur pensée. Chérif avait dit une fois : «…il
faut songer toujours pour quel public on écrit ou dans quel genre on écrit…. »
avec l’accent typiquement Filali emprunté à son père il martela ses mots «
…chaque sujet a sa clarté propre…Afham Yaman Tafham… »
Mais ils dérangèrent et reçurent des remontrances, des avertissements, ensuite
des menaces. Ce fut du sérieux avec Ahaydouh…Ahaydouh… qui sous l’emprise de
l’atténuation prit comme euphémisme Ahaydouss…Ahaydouss…L’étoile filante doit
filer, elle file du mauvais coton… !
Chérif sut qu’il était difficile d’évoluer comme il le voulait dans un Maroc où
la liberté d’expression faisait défaut. Il quitta son pays pour s’installer en
France chez son cousin dans la région parisienne. Son cousin avait un studio
d’enregistrement et lui présenta les Dissidentens, le célèbre groupe allemand de
Nina Hagen. Ensemble, ils composèrent des morceaux de musique qui propulsèrent
aussi bien la musique marocaine que les Dissidenten parmi les stars de ce monde.
Il quitta la France pour la Tunisie pour enfin revenir au Maroc.
Le roi Mohammed VI fit un geste louable et l’envoya en France pour se faire
soigner. Le voyage fut prévu avec le célèbre écrivain du « pain nu » Mohammed
Choukri, mais hélas la destinée avait choisi un jour avant l’embarquement pour
nous prendre un grand penseur.
De jeunes RME avaient eu vent de l’hospitalisation de Chérif à Paris et ont pris
en charge sa dernière visite dans leur ville ROUEN. Dieu les récompensera pour
ce dernier adieu. La maladie l’emporta à l’âge de 55 ans, le 20 octobre, il y a
une année jour pour jour.
Allah Yarham Jamii Al Mouslimin Amin
Hommage à Lamrani Chérif. LEMCHAHEB.
Le mercredi matin (20/10/2004), qui correspond au 06 Ramadan 1425, un artiste
aux talents multiples vient de tirer sa révérence.
Lamrani Chérif, fondateur et maestro de la troupe mythique Lemchaheb, nous
quitte alors qu'il se sentait très jeune; et ne cessait de répéter à qui veut
l'entendre qu'il n'a pas encore donné tout ce qu'il possédait. Généreux, ses
rêves ne pouvaient pas contenir son amour pour la vie et pour la musique.
Lamrani Chérif avait fabriqué lui-même son instrument de musique. Il l'a baptisé
mandolcelle, à l'instar de violoncelle. Ce mendolcelle nous rappelle à la fois
une cithare indienne et un luth turc ! Bref, l'Orient dans toute sa splendeur !
Chérif était en train de fabriquer un autre mandelcelle, car le sien semble usé
par trois décennies de bons et loyaux services.
En fait, le groupe Lemchaheb, quoique composé initialement de cinq membres,
comptait un sixième membre aux sonorités inégalables et inimitables. Ce
mandolcelle se trouvait à point nommé, c'est-à-dire dans chaque mélodie ou
arrangement. Le son se déclinait en fonction du thème de la chanson et des voix
qui la composent et qui l'accompagnent.
Ajoutons à cela cette touche magique du maestro, Lamrani Chérif, qui pouvait
jouer dans l'extase, la transe, les yeux fermés. On se permettait de penser
qu'il pouvait jouer en mettant un bandeau sur les yeux, ou un gant sur les
doigts !!
Il a pu imposer son style, devenu depuis trois décennies déjà, le style de
Lemchaheb et une référence pour les autres groupes musicaux aussi bien au Maroc
qu'à l'étranger. Lamrani Chérif est ce compositeur, arrangeur et parolier d'une
grande finesse. Les tubes qu'il avait composés pour Lemchaheb (ainsi que pour
d'autres formations ou chanteurs) le confirment clairement.
Il est également ce nomade qui voit le monde trop petit pour contenir ses
ambitions. Du Maroc à la Tunisie, en passant par la France, la Belgique,
l'Allemagne et la Libye, entre autres lieux, Chérif voyageait en quête d'une
perle rare, d'un trésor enfoui dans les énigmes de l'univers…Il ne cessait de
chercher la perfection.
Qui peut oser posséder une telle ambition ? Seul un artiste nomade, amoureux de
la vie et de l'aventure pouvait ressembler à ce Chérif rêveur, utopique,
atypique…
Chérif ne cessait de parler de devenir un artiste mondial. Il se voulait "
d'internationaliser " le style de Lemchaheb. Ceci bien avant la mondialisation
et la globalisation.
Lamrani Chérif est un dessinateur, un calligraphe, un architecte, un arrangeur
et un ingénieur de son. Il ne cessait de répéter le dicton marocain qui dit,
grosso modo, " sept métiers pour rien ". Mais Chérif n' jamais cherché un
métier. Si métier il y a c'est celui de la quête et de la recherche.
Peu de gens savent que Chérif avait décidé de préparer une thèse de Doctorat sur
la musique ethnique à l'âge de 52 ans : Il avait établi un premier plan de
recherche; ceci en parallèle avec un autre projet auquel nous allions nous
atteler, Chérif, Hamadi et moi-même, dès son rétablissement. En effet, nous
avions commencé un projet qui lui tenait à cœur: faire un inventaire du corpus
de Lemchaheb en vue d'en faire une étude académique digne de ce nom. Nous avions
établi ensemble l'équipe de recherche. Nous comptions publier l'ouvrage, en
moins, en 17 volumes !.
La disparition de Chérif devait nous inciter à doubler d'effort afin de mener ce
projet à terme. Incha Allah.
Lamrani Chérif était vraiment en avance sur son temps. Un jour, alors que je lui
rendais visite dans son appartement à Casablanca, je lui ai emmenais un
enregistrement d'une cassette que j'avais achetée il y a quelques années à
Paris. C'était une cassette de Lamrani Chérif en solo. En écoutant le premier
morceau, il me demandait le nom de l'artiste qui jouait si bien au mendolcelle.
Je lui ai répondu: " un certain Lamrani Chérif ". Il écouté le morceau à
nouveau, pris son mendolcelle, et a essayé d'imiter sa façon de jouer. Il n'a
pas pu, malgré plusieurs tentatives. Il s'est retourné vers moi et m'a dit: "
j'ai été en avance sur mon temps ".
Lamrani Chérif est cet amoureux de la vie et de la musique qui se voulait, par
son esprit jeûne, d'aider les jeûnes talents à aller de l'avant. Il se montrait
heureux comme un bébé lorsqu'il découvrait un artiste qui chantait ou jouait
bien. Un jour, l'autre pilier de Lemchaheb, Hamadi Mohamed, m'avait dit: "
Chérif est le seul musicien qui crée son adversaire ". Et il n'avait aucunement
peur d'agir de la sorte, car il était confiant en ses capacités et ses talents.
La disparition de Lamrani Chérif est un grand désastre pour Lemchaheb, surtout
après le décès, il y a quelques années, de l'autre météore: feu Mohamed Batma.
Chérif souffrait et n'avait comme protection que la providence divine et la
générosité royale. Sa Majesté le Roi Mohamed VI avait pris en charge
l'hospitalisation de Chérif aussi bien en France qu'au Maroc. Notre souverain se
montre à chaque fois aux côtés de nos artistes lorsqu'ils sont dans des
conditions difficiles. L'artiste marocain, en la personne de Lamrani Chérif,
souffre et de quelle manière !
Posez la question à Hamadi Mohamed, l'autre membre de Lemchaheb !
Maintenant que Lemchaheb sont devenus trois membres seulement: Hamadi, Sousdi et
Chadili (qui souffre actuellement), qui peut oser remplacer la voix chaude de
feu Batma Mohamed et la doigté de Lamrani Cherif ?
Je suis certain que les gens honnêtes savent que l'artiste poète et le grand
compositeur sont irremplaçables. Lemchaheb sont aujourd'hui orphelins et ont
besoin de soutien et de protection plus que jamais.
Si " quelqu'un " sera triste davantage et mélancolique, suite à la disparition
de Lamrani Chérif il y a un an déjà, ce sera certainement son mandolcelle. Les
notes musicales, les arrangements, les mélodies que dégageait l'instrument de
musique, conçu et fabriqué par Chérif lui-même, contiennent une richesse
artistique que seul Chérif pouvait explorer et diffuser; car il était le maestro
par excellence !!
Chérif se rendait compte que son mandolcelle était usé par le temps. Ainsi, il
était sur le point de terminer le "montage" d'un autre instrument, un "clone" de
son premier mandolcelle. Mais le destin a décidé autrement.
Il est de notre devoir de garder en mémoire l'apport inestimable de deux géants,
inoubliables et irremplaçables, de Lemchaheb: Batma Mohamed et Lamrani Chérif.
Car la mémoire peut être musicale et artistique également.































